Lors du sommet Humanoid Europe 2026 réuni à Munich, la jeune pousse suisse Embodied AI a officiellement dévoilé AIR, un robot humanoïde collaboratif à deux bras monté sur une base mobile à roues. Issue de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’entreprise de 25 personnes fondée par Francesco Stella (président-directeur général), Kai Junge (directeur technique) et Max Polzin (directeur des opérations) s’attaque à l’un des freins opérationnels majeurs de l’industrie : insérer une manipulation robotique fine directement aux côtés des opérateurs humains, sans nécessiter de grillages de protection, de rideaux optiques ou de cellules confinées.
Tandis que la plupart des constructeurs de robots humanoïdes comme Tesla, Boston Dynamics ou Unitree concentrent leurs efforts sur la marche bipède dynamique, Embodied AI a fait le choix délibéré d’une base roulante accouplée à un torse bio-inspiré. En allégeant drastiquement la masse mobile des membres et en intégrant la compliance mécanique au cœur même des articulations, AIR apporte une réponse directe aux contraintes de sécurité des usines européennes.
Cinématique par câbles : des bras de 2 kg soulevant 5 kg de charge utile
Les bras industriels classiques et les cobots traditionnels logent leurs moteurs électriques, leurs réducteurs à onde de déformation et leur électronique lourde dans chaque segment mobile. En cas de collision impromptue, l’inertie cinétique de ces masses en mouvement peut causer des lésions sérieuses, obligeant les ateliers à isoler ces machines derrière des périmètres stricts.
Embodied AI contourne ce danger grâce à une transmission par câbles directement issue des recherches doctorales de Francesco Stella au sein du laboratoire CREATE de l’EPFL et du MIT CSAIL :
- Actionnement centralisé dans le torse : les moteurs sans balais à couple élevé, les engrenages réducteurs, les convertisseurs de puissance et la batterie sont regroupés au cœur du buste fixe.
- Transmission par tendons synthétiques : le couple mécanique est transmis aux articulations de l’épaule, du coude et du poignet via des câbles de traction guidés par des poulies à très faible frottement.
- Rapport charge utile sur masse exceptionnel : chaque bras ne pèse que 2 kg tout en étant capable de manipuler une charge active de 5 kg. Ce rapport de 2,5 contre 1 permet de déplacer des composants automobiles, des cartes électroniques ou des colis sans risque d’écrasement ou de coincement pour le personnel.
- Compliance mécanique passive : la structure du bras s’efface élastiquement lors d’un contact avec un obstacle ou un être humain, absorbant le choc cinétique avant même le déclenchement des arrêts d’urgence logiciels.
De la téléopération à l’autonomie complète en 30 jours
Plutôt que d’attendre qu’un modèle de fondation physique universel sache appréhender chaque imprévu d’usine avant d’installer la machine, Embodied AI mise sur un processus d’apprentissage progressif avec humain dans la boucle :
- Production immédiate par téléopération : dès le premier jour, un opérateur humain pilote le robot AIR à distance via un système de retour visuel immersif. La ligne de fabrication commence à produire sans exiger de programmation préalable complexe.
- Collecte de trajectoires réelles : chaque préhension, chaque alignement de pièce et chaque mouvement de tri effectué en téléopération est archivé sous forme de données d’entraînement multimodales haute fidélité.
- Apprentissage par imitation ciblé : l’équipe entraîne des réseaux de neurones spécifiques à la tâche du client, évitant les fragilités des transferts de simulation théoriques.
- Prise de relais autonome sous un mois : sur ses pilotes industriels en cours, Embodied AI constate que les robots AIR exécutent leurs opérations de façon entièrement autonome au bout d’environ quatre semaines, avec un taux de réussite moyen de 95 %.
Traction industrielle et conformité au règlement européen 2027
Soutenue par Faber VC aux côtés de Look AI Ventures, Techshop Capital, Vento et Plug and Play, la jeune pousse helvétique déploie déjà AIR dans le cadre d’essais rémunérés chez un équipementier automobile de premier rang et chez un grand fabricant d’électronique grand public. Selon la cadence des lignes, l’entreprise estime qu’une seule unité AIR peut couvrir la charge de travail équivalente à trois postes d’opérateurs par jour sur des opérations d’emballage et de conditionnement.
Embodied AI prépare d’ores et déjà la certification de marquage CE d’AIR pour 2027, en parfaite conformité avec le nouveau règlement européen sur les machines. En prouvant que la souplesse mécanique et la limitation physique du couple permettent d’atteindre un niveau de sécurité certifiable sans cage physique, AIR trace une voie pragmatique pour l’automatisation manufacturière sur le continent européen.
